Mensonge d‘état : le Père Noël

          Dès leur plus jeune âge, nous apprenons, avec l’assentiment de toute la société occidentale, le mensonge à nos enfants, en leur faisant croire au père Noël. Nous leur inculquons des idées fausses, pris au piège que nous sommes dans la société de consommation et une déchristianisation de plus en plus généralisée. Tout y est, dans cette invention qui fait rêver les uns, alors qu’elle a tout pour nous faire honte. Plus ou moins calquée sur l’histoire de Jésus, elle L’humilie, elle est l‘anti-religion.

          Le 24 décembre au soir, les enfants doivent, non pas se préparer à célébrer la Nativité du Seigneur, mais se coucher tôt puisque le père Noël ne passera que s‘ils dorment sagement. C’est tout juste si on ne leur fait faire une prière à ce fameux bonhomme pendant plusieurs jours, afin qu‘il « leur pardonne de n’avoir pas été tous les jours bien sages, mais n’oublie quand même pas leurs petits souliers. » Tino Rossi et son célèbre « petit papa Noël » supplantera, à coup sûr, « il est né le divin Enfant » dans un nombre toujours croissant de foyers. Ce personnage est bien humain, on a pitié de lui, qui viendra dans le froid et se donnera tant de mal pour gâter les enfants, et même les grands.
          Pendant deux mois les parents ont fait feuilleter aux enfants, qui ne demandent rien quand ils sont petits, toutes sortes de catalogues de jouets : ce jour-là, on ne regarde guère à la dépense, et ce n’est pas un cadeau mais plusieurs, qu’il faut choisir absolument. Cela est devenu une obligation. Car, si papa et maman n’ont pas beaucoup d’argent et refusent souvent un petit cadeau qui ferait plaisir, le père Noël, lui, est plus riche. Poussés par leurs parents, les enfants lui parlent, lui écrivent, et vont poster leur lettre, en tenant en toute confiance la main de leur père ou de leur mère, qui leur mentent et les trompent, se moquant ainsi effrontément d’eux, de leur crédulité, de leur naïveté, de l’innocence si belle de la petite enfance.
          Puis l’on a brodé autour de ce personnage. Bien sûr que le père Noël existe, il vit au ciel, sur un grand nuage, ou maintenant en Laponie, dans un grand chalet, aidé de lutins qu’il fait travailler comme des fous afin que tout soit prêt pour la grande nuit. Les bons yeux des enfants pourront même distinguer, dans la nuit noire, son traîneau chargé de cadeaux tiré par des rennes, dont le guide a le nez rouge afin d‘éclairer les ténèbres. Lorsque le père Noël aura trouvé votre maison, son gros ventre ne l’empêchera pas de passer par la cheminée ou à travers les persiennes de votre appartement, et il ne se trompera jamais, même si vous habitez une tour de douze étages. Incroyable, rien n’est impossible à ce fabuleux personnage ! Aussi est-il bien naturel qu’il déguste quelques chocolats préparés avec amour au pied du sapin, avant de reprendre sa tournée.

          Nous trouvons ici rassemblés tous les éléments opposés à ce qu’est réellement Noël : la célébration de la naissance de Jésus. La date d’abord, qui empêche les enfants de s’intéresser au premier. Tel Dieu qui se fait homme en descendant sur terre, le père Noël quitte son nuage et fait de même. Comme un esprit se déplaçant à la vitesse de la lumière, il parcourt en une nuit le monde entier, comme Jésus qui peut nous entendre dès qu’on le prie. Le traîneau et les rennes ont remplacé le cortège des rois mages, suivis de chameaux ou chevaux portant l’or, l’encens et la myrrhe au nouveau Roi du monde. L’étoile qui les guidait s’est changée en petit nez rouge du premier renne. Tel Jésus lorsqu’on le Lui demande, il donne gratuitement et pardonne.
          Or l’Eglise ne s’est jamais élevée contre cette imposture. Elle représente bien dans ce cas la seconde bête de l’apocalypse, celle qui a des cornes d’agneau (représentant Jésus sur terre) mais parle comme la première, envoyée par Satan. S’il est vrai que la tenue rouge du père Noël vient d’une célèbre boisson américaine, cette couleur est liée aussi à un personnage beaucoup plus effrayant, à qui il vaut mieux ne pas avoir affaire...

          Imaginez la déception ou la colère de vos enfants lorsqu’ils apprendront la vérité (même s‘ils se tairont de peur de ne plus rien recevoir), ainsi que les conséquences. On leur répète tous les jours d’écouter et de respecter parents et professeurs, et ils découvrent tout à coup que ceux-là mêmes leur mentent depuis leur petite enfance. Après ce traumatisme, rien ne sera comme avant... C’est peut-être pour cela que les parents ne disent pas la vérité, laissant leurs petits faire face, seuls, à l’indéfendable. Ils ont trop honte. Leurs camarades de classe se chargeront de leur apprendre que les adultes, en général, sont des menteurs. Ils ne leur feront plus confiance et entreront à leur tour dans ce triste monde du mensonge.
          Empêcher les enfants de croire au père Noël, ne pas porter sur ses épaules de parents le poids de cette responsabilité, est bien difficile, à cause des autres. Peut-être le manque de courage, la crainte des retombées que ma parole pourrait avoir sur les autres enfants et leurs familles ? De toutes façons, le père de mes enfants n’étant pas d’accord, je n’avais donc qu’à me soumettre à la « tradition. » Est-ce la raison pour laquelle cette période ne me plaît guère ? Plus j’avance en âge, plus j‘ai honte de la trahison commise envers moi et que j‘ai répétée. Ce jour-là, la confiance en mes parents s’est envolée…
          De plus, et ce n’est pas la moindre des choses, les enfants, ne croyant plus au père Noël ne croiront pas plus en Jésus. Si les parents leur ont raconté des sornettes, pourquoi les prêtres diraient-ils la vérité, d’autant plus que les deux événements ont lieu à peu près au même âge ? Jésus n’est pas plus visible que le père Noël ! Les enfants, qui sont tout sauf des sots, ont bien compris ; s’ils font leur communion, ils en auront encore des cadeaux ! Leur famille leur demandera plus souvent ce qui leur ferait plaisir que s’ils ont hâte d’être invités à la table de Jésus. Une fois les cadeaux reçus, adieu la communion. Pour certains, ce sera la seule de leur vie.

          Puisque nous sommes à l’aube d’une ère nouvelle, j’espère que nos descendants laisseront tomber toutes ces histoires.Offons les cadeaux au nouvel an. Ainsi, tout sera clair. Le mensonge est condamné par tous. Supprimons bien vite celui-ci, c’est un des plus abominables qui soient, car il est commis envers des innocents, nos propres enfants !